Interview exclusive au cœur de la DSI de l’ANSM

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Comment cette crise a-t-elle boosté la digitalisation dans le secteur de la santé ?

Quand on parle de la santé, naturellement nous pensons aux personnels soignants, mais au-delà, il existe tout un écosystème regroupant les professionnels de santé au sens large (médecin, infirmière, pharmacien, etc.), les laboratoires pharmaceutiques, les chercheurs (et leurs institutions ex : INSERM) et des acteurs permettant d’assurer la sécurité sanitaire (ANSM, Santé Publique France, Établissement Français du Sang, la Haute Autorité de Santé, etc..) sous la tutelle du Ministère de la Santé.

Aujourd’hui, nous échangeons avec Raphaël Martin DSI de l’ANSM (Agence  Nationale de la Sécurité du Médicament et des produits de santé). Au cœur de la crise, l’Agence travaille entre autres, à autoriser les essais cliniques et les mises sur le marché des médicaments, tout en assurant une vigilance des produits au quotidien.
Nous vous emmenons aujourd’hui dans les coulisses de la gestion digitale de la crise !

I. Découvrir l’ANSM

Bonjour Raphaël, comment s’organise aujourd’hui l’ANSM ?
L’ANSM est une agence dont les activités opérationnelles se déclinent ainsi :

  • 6 directions verticales produits (par spécialité dont une dédiée au générique et une pour les dispositifs médicaux – prothèses, masques, intubateurs, scalpels… etc.)
  • 5 directions horizontales : Evaluation, Surveillance, Réglementaires, Inspection et Laboratoires de contrôles.

Nous avons environ 950 agents répartis sur 3 sites (Saint Denis, Lyon et Montpellier)

Depuis quand avez-vous la fonction de DSI ?
Je suis en poste depuis le novembre 2015, Mermoz Associés était venu me chercher chez Capgemini Consulting à l’époque pour me proposer ce beau challenge.

Comment avez-vous géré cette crise ?
Nous avons dû gérer comme beaucoup d’entreprises (publique ou privée), dans l’urgence et par priorisation la capacité de télétravailler pour tous ceux qui n’étaient pas équipés ou dont les activités étaient difficilement télétravaillables.
Ces activités dites non télétravaillables ont des raisons de plusieurs natures (légale, techniques, sécurité…)

Quel a été votre plan de continuité d’activité ?
L’ANSM est une agence qui gère des crises au quotidien, d’ampleurs différentes et nous avions bien évidemment un plan d’activité (qui comprenait le scénario de non accessibilité des locaux – pendant 1 semaine -) que nous avons adapté à la situation exceptionnelle du confinement.

II. Vous

En tant que DSI, que retenez-vous de positif ?
Nous avions lancé dès mon arrivée une campagne de télétravail et j’avais pris la décision à l’époque d’arrêter tous les achats d’ordinateurs fixes. Fin 2019, nous avions 58% de nos agents qui bénéficiaient de ce dispositif. Cette crise nous a permis d’accélérer à vitesse grand V un déploiement inévitable. 
Nous avons d’ailleurs pu remarquer d’une part la résilience sans faille des équipes de la DSI et d’autre part une capacité de l’Agence à télétravailler sur du long terme sans impact majeur sur son fonctionnement.

Qu’est-ce que cette crise vous a appris sur vous et/ou vos équipes ?
L’esprit d’équipe a toujours été le point fort de notre DSI et en particulier dans les moments de crise. La capacité d’adaptation et les efforts de ces ressources sont impressionnantes car ils ne perdent jamais de vue l’intérêt finale de notre métier : fournir aux agents les capacités techniques de pouvoir assurer leurs missions de service public et sécurité sanitaire. 

Quels outils ou moyens avez-vous spécifiquement mis en place ? Quels « tips » donneriez-vous au Cercle Mermoz ?
Nous avons triplé les accès sécurisés (VPN), augmenté les débits des accès externes et avons mis un système de drive pour les agents les plus fragiles afin que l’on puisse leur remettre leur matériel sans qu’ils quittent leurs véhicules et des comptes individuels de conférence audio et web.
Enfin, nous faisions partie intégrante du dispositif du PCA et rendions compte, de ce fait, de nos avancées quotidiennes à la Direction Générale.

III. La fonction DSI au cœur de l’entreprise

Quelle(s) action(s) mise(s) en place pendant cette crise allez-vous conserver ?
Le télétravail est aujourd’hui incontournable et augure des modalités de travail différentes à l’Agence dans un futur proche.
Les efforts que nous avons déployés pour rendre télétravaillables certaines activités ne sont donc pas vains.

Pensez-vous que l’image de la fonction DSI soit vue différemment depuis cette crise ?
Bien sûr. Nous n’avons eu que des compliments sur notre rapidité d’exécution, nous avons déployé en moins de 2 mois 300 ordinateurs de plus et rendues télétravaillables plusieurs applications qui ne l’étaient pas. La DSI a retrouvé ses lettres de noblesse également dans les besoins les plus basiques comme la capacité de travailler à distance de manière sécurisée et collaborative. 

Quelle est votre vision de demain ?
Je pense que nous devons résolument se tourner vers le Cloud et une externalisation de nos activités non essentielles. Mais également pousser encore plus les outils collaboratifs et de dématérialisation. Le métier de la DSI se transforme, demain la stratégie digitale, ses interconnexions et sa cohérence restera aux mains de la DSI.
D’un point de vue technique, la sécurité, les réseaux seront les ultimes préoccupations, le reste sera principalement de la stratégie applicative couplée au pilotage de prestataires. Le Saas (Software As A Service) et les applications low code (peu ou pas de développement) seront la norme.

Mot de conclusion
L’Agence a su faire face à cette crise et a répondu présente tant sur les actions liées au COVID que sur son activité courante (gestion des ruptures de stocks, libération de lot de vaccins, pharmacovigilance etc.), j’aime à penser que la DSI est un contributeur majeur de cette réussite.

 

Alexis Michau

Associé